Ultratrail Zugspitz - compte rendu de Christophe Schneider
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UltraTrail ZUGSPITZ : compte rendu de Christophe Schneider

Ce trail me faisait de l’oeil depuis quelques années déjà. Une fois par an j’essaie de faire une course « plaisir », pourquoi pas dans un pays voisin pour assurer un minimum de dépaysement, tout en restant dans les Alpes (Suisse, Allemagne, Italie…). Le massif étant tellement varié et diversifié, il serait dommage de se priver. Après la suisse et son superbe Eiger Ultra Trail en 2013, je décidais donc (en début d’année) de me rendre en Allemagne pour le fameux Zugspitz Ultratrail et ses 100 kilomètres pour un peu plus de 5700 mètres de dénivelé. La course est une épreuve incontournable et dépasse largement les frontières allemandes puisque près de 50 nationalités sont représentées et que c’est le trail « référence » chez nos voisins allemands. Qui plus est, outre le Sud de la Bavière, la moitié de la course se déroule dans le nord du Tyrol en Autriche, paysages à couper le souffle garantis !

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Ultratrail Zugspitz – compte rendu de Christophe Schneider

Mon début de saison est encourageant. Je participe à 3 courses qui me permettent de monter progressivement dans les tours et de gagner en confiance : – 16 mars à Tullins, Sacré Trail des Collines, 4ème – 42 kms en 3h56’ – 13 avril à Noyarey, Trail de Noyarey, 1er – 10 kms en 57’29 – 11 mai à Villé, Trail du Wurzel, 3ème – 52 kms en 5h02’

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Les dernières semaines de préparation sont plus délicates du fait de déplacements professionnels, de déplacements familiaux imprévus et pour couronner le tout d’un épisode de gastro malvenu à 1 semaine de la course. Mais ce sont les inconvénients du direct, dans la dernière ligne droite je m’efforce donc de bien gérer cette fatigue physique et nerveuse… la vie est finalement un ultra comme les autres.

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La veille de la course, énième réveil matinal pour quitter les contreforts de Grenoble, me rendre à l’aéroport de Lyon, vol direct et rapide pour Strasbourg où m’attends mon père qui me fera l’assistance et le soutien logistique et moral sur ce week-end. Nous faisons bonne route. Mes intestins tiennent le choc, je serai rassuré sur la ligne de départ. Reste à rallier l’arrivée dans le même état. L’arrivée à Grainau (commune limitrophe de la célèbre et imprononçable pour un non germanophone station Olympique de Garmisch-Partenkirchen) se déroule sans encombre. De suite on remarque une forte mobilisation des bénévoles, pompiers, habitants qui nous guident vers les parkings spécialement aménagés pour l’évènement. Le village expo est accueillant, on y distribue de la bière de qualité (sans alcool), des salaisons, du fromage… bienvenue en Bavière ! J’ai la joie d’y retrouver par hasard, un compatriote, que dis-je une vieille connaissance: Mathieu, originaire du même village alsacien que moi, qui à l’origine faisait beaucoup de VTT et s’est mit au trail depuis 3 ou 4 années. Une belle surprise, une agréable rencontre. Nos pères respectifs étaient très proches et ça m’a fait très plaisir de le revoir (il sera d’ailleurs finisher en un peu plus de 17h à la 137ème position). Le retrait des dossards est tout aussi fluide, pour rappel, il y a environ 2000 trailers répartis sur 4 courses… ça laisse songeur par rapport à certaines organisations françaises. Ici par de certificat médical (en Suisse non plus d’ailleurs), on informe, on responsabilise, on fait confiance. C’est gagnant-gagnant !

Nous rejoignons enfin notre hôtel pour préparer nos affaires, c’est-à-dire plan du parcours et localisation des ravitaillements pour mon père et matériel obligatoire et adapté à la météo en ce qui me concerne. La pasta party est dans la continuité des belles promesses entrevues jusqu’à lors, crudités variées pour débuter, les pâtes sont « al dente », la sauce bolo délicieuse (gourmand que je suis j’en reprendrai évidemment), le tout sera arrosé de d’eau pétillante. On file au (pseudo) dodo vers 21 heures sachant très bien qu’on ne pourra pas manquer ce qui restera comme le match la plus abouti des Bleus (5-2 contre la Suisse) à la Coupe du Monde de football.

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La nuit est donc relativement courte d’autant que peu avant 5 h du matin l’alarme de l’hôtel nous réveille brutalement… On ne sera donc pas en retard ! Nous arrivons donc parmi les premiers dans le sas de départ après avoir passage au contrôle du matériel obligatoire. Le départ effectif est assez folklorique, puisque des musiciens en tenue traditionnelle nous ouvrent la voie sur quelques dizaines de mètres avant de lâcher les fauves… et là comme souvent, ça part très vite, et il faut rester vigilant pour ne pas être emporté par le flux et un faux rythme. Ayant beaucoup bu avant le départ, 2 arrêts pipi vont me permettre de me soulager et de relativiser mon départ. Même si je pense être parti prudemment, je suis malgré tout autour de la 40ème place ce qui me confirme mon impression générale : il y a un paquet de coureurs qui ne sont pas venus en mode rando mais bien pour se dépouiller et donner le meilleur d’eux-mêmes !

Le ciel est couvert et les 15 premiers kilomètres permettent d’étirer le peloton. Les sentiers sont très agréables, je dirais même « confortables » malgré la pluie de la veille. Après une douzaine de kilomètres je croise une première fois mon père, je fais le plein de ma boisson énergétique préférée et c’est partie pour la première véritable ascension (600 mètres) qui nous emmènera en Autriche. L’arrivée en Autriche par Buchenwald puis Ehrwald correspond à l’arrivée du soleil. Les nuages se dissipent et c’est un bonheur que d’évoluer dans un tel paysage. Au ravito du 20 kms je déguste un petit sandwich, je sais très bien que je n’aurais pas envie de sucré durant toute l’épreuve. Je préfère donc varier les plaisirs dès le début. Au passage nous traversons quelques domaines skiables, les remontées sont neuves et performantes, les pistes sont très larges, et surtout très pentues… je comprends mieux pourquoi les Autrichiens sortent chaque année une telle pléiade de champions !

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Je grignote quelques place (29ème) et m’achemine vers le point culminant du Zugspitz Ultratrail à 2200 mètres d’altitude. Le passage dans les alpages est grandioses, non seulement je suis bien dans cette section et en plus je me régal grâce à la beauté des paysages. Je redescends en gérant en direction du ravito 4 où je sais que je vais retrouver mon père (qui aura lui aussi effectué une rando active de 45’ pour me retrouver) aux abords d’un refuge. Le soleil est à présent très fort, j’ai une grosse envie de « coca » comme souvent dans ce cas. Malheureusement il n’y en a pas, de l’eau fraiche épongera ma soif. Nous voici donc au km 42. A ce moment de la course je suis en 27ème position et je vais m’attaquer au 3ème col qui nous est proposé avec 700 mètres de D+ à avaler. La montée sera rude mais encore une fois très belle, et surtout je sais que, après ce col il ne me restera qu’une véritable difficulté à gravir avant de rallier l’arrivée.

J’arrive donc relativement frais au ravitaillement 5, qui est une sorte de camp de base permettant de se restaurer, prendre des soins, se changer… J’y retrouve mon père, qui m’indique qu’il y a du Coca (le goût est encore meilleur quand on a bien attendu et qu’on en rêve depuis 3 heures). Je refais le plein en boisson énergétique et je ne m’attarde pas trop dans cet endroit accueillant et confortable car le piège s’est évidemment de trop en profiter et de s’éterniser plus que de besoin. Nous sommes au km 70 et je suis 23ème, ce sera ma meilleure place ensuite je régresserai.

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J’attaque donc une portion (que je savais longue) de plat et faux-plats, entre 800 et 1000 mètres d’altitude. Petit à petit, insidieusement, la chaleur m’accable. J’avais conscience du soleil depuis belle lurette, mais entre 1500 et 2200, le petit vent frais et les quelques degrés en moins font, au final, une différence considérable. Je continue d’avancer, je ne suis pas à l’arrêt mais petit à petit une certaine lassitude morale me gagne et je néglige mon hydratation et mon alimentation. Des petits groupes de coureurs me dépassent, me reprennent, tous ont un mot bienveillant. C’est agréable, mais ça fait mal au moral puisque depuis une petite dizaine d’heures c’est moi qui dépassait… donc être dépassé change la donne et les perspectives. Rien de grave donc, c’est ce qu’on peut appeler un « coup de moins bien » mais je suis 33ème après 80 kms. Je revois mon père qui devra ensuite prendre un téléphérique pour me ravitailler une dernière fois avant l’arrivée et éventuellement me donner une frontale plus performante que mon e+lite.

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A ce moment de la course je ne pense même pas à cet échange de frontale puisque je suis certain de terminer bien avant la nuit. Mais ma négligence précédente, couplée à un relatif manque d’entrainement et la fatigue accumulée les jours précédents la course, fait que dans la section suivante, pourtant roulante, je n’avance presque plus, les pistes forestières me semblent interminables et pour la première fois l’idée d’arrêter me traverse l’esprit. Cette idée heureusement ne fait que m’effleurer, mais je suis plutôt faible, heureusement des textos rassurants et motivants de ma petite femme et de mes amis afflux. Un autre SMS de mon père me parvient, il ne sera finalement pas au dernier RDV car la télécabine est fermée. Il m’attend à l’arrivée… avec ma frontale, une saucisse-pomme de terre devant un écran géant qui diffuse le match Allemagne-Ghana… le pied quoi ! Dire que je suis à quelques virages en auto-stop de ce petit et simple bonheur tandis que ma feuille de route m’indique encore 1200 mètres à gravir et une quinzaine de kilomètres. Un chemin de croix en fait quand on est cuit comme moi ! Du coup je lui envoie un message pour lui indiquer que je suis dans le dur etque c’est vraiment très difficile. Très pragmatique il me répond « OK courage ». Intérieurement ça me fait sourire, extérieurement je suis bouilli.

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Au 88ème kilomètre je suis 38ème et surtout j’ai réalisé le 137ème temps (tous trailers confondus) de la section, les chiffres ne mentent pas. Je passe une dizaine de minutes au ravito, je mange des tomates et des oranges salées, c’est une découverte, un gout surprenant au début mais j’ai adoré. Là je calcule le temps qu’il me faudra pour monter les 1200 mètres restant à l’allure d’un escargot boiteux mais volontaire, j’ajoute le fait que nous soyons le jour le plus long de l’année, je prends mon courage à deux mains, mes bâtons et j’attaque les lacets de cette ultime pente. Là je sais que je ne suis pas à 100% puisque malgré moi je regarde ma montre tous les 50 mètres de dénivelé… et comme dans une mauvaise réunion où tu t’ennuis le temps ne passe pas assez vite et c’est pas en regardant ton GPS toutes les 4 minutes que ça va aller plus vite ! Au milieu de la montée, éclair de lucidité, je réalise aussi que nous sommes bien plus à l’Est que Grenoble et que du coup, malgré le solstice d’été, la nuit tombera plus vite. OK c’est un fait de course, je me félicité d’y avoir pensé et je ne ralenti surtout pas le pas. Au dernier ravito je suis 37ème et surtout je ne m’arrête pas (si ce n’est pour prendre un verre d’eau) car je n’ai aucune envie de batailler dans une pénombre de sapins. C’est véritablement au pied du mur, à la fin de cette montée et en redescendant (enfin) vers Grainau que j’ai retrouvé mon second souffle. Attention, le second souffle ne vaut pas le premier, mais c’est mieux que rien et ça peut permettre de finir honorablement une course qui paraissait perdue quelques kilomètres plus tôt. J’ai l’impression (relative) de voler (à 12 km/h) dans les 2 derniers kilomètres avant l’arrivée et après une dernière tape dans la main de mon plus fidèle supporter du jour : mon père, je franchis, enfin, la ligne d’arrivée en 37ème position sur environ 730 partants et 501 arrivants.

Au final, et à tête reposée, je garde un excellent souvenir de cette course. J’ai encore beaucoup appris sur moi-même. Ce jour-là il y avait une dizaine de kilomètres de trop pour moi mais, malgré l’adversité, et l’envie (même passagère) de jeter l’éponge ; j’ai résisté et terminé. J’ai noté beaucoup de respect entre concurrents, des sourires des échanges (en anglais souvent, en allemand parfois).Un mot pour les bénévoles : généreux, accueillants, souriants et dévoués, l’organisation : aux petits oignons, depuis l’accueil, le retrait des dossards, les lots, les collations et surtout le balisage. Point cruciale pour une course, ici aussi il y a des politiques, des randonneurs, des associations de préservation de l’environnement, des chasseurs, 2 Pays, 2 Landers, aux réglementations différentes sont concernés et traversés, mais point de débalisage sauvage ou d’entraves. Comme quoi il est possible de cohabiter, coexister, sans animosité tant que nous sommes tous animés par le même bon sens autour d’un territoire, un lieu, un paysage !

Merci à mon papa pour son soutien sans faille et sa présence rassurante et à mes Muses Clémence et Caroline !

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